| Collège universitaire dominicain

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  • La rentrée

    vendredi 04 septembre 2015
    Maxime Allard O.P.

    La rentrée

    La « rentrée universitaire », le « retour en classe », deux expressions en « re- ». Elles signalent qu’il y a eu, dans un passé indéfini, une première entrée sur un campus universitaire, un premier tour dans la classe. Une « sortie » estivale a eu lieu : pour des vacances, pour le travail! Puis on revient désormais sur le campus, dans la classe. Heureux qui comme Ulysse rentre chez soi!

    Envisager les choses ainsi nous situe sur le registre de la répétition. Ce qui eut lieu naguère a lieu de nouveau. Il n’y a là rien de nouveau sous le soleil! On se retrouve dans les mêmes lieux, avec les mêmes professeurs, le même genre de cours… D’accord, la répétition n’est pas totale  - est- ce d’ailleurs vraiment possible? Kierkegaard et Derrida nous mettent en garde, heureusement - car il y a des « nouveaux », des étudiants et des étudiantes fraîchement sortis du secondaire, d’un cycle universitaire complété. Il faudra les initier afin qu’ils entrent dans notre manière de faire, dans nos us et coutumes. Ce qui est certain, cependant, c’est que ceux qui « rentrent » sont aussi changés par les expériences estivales. Le retour à un état initial, originel n’aura pas vraiment lieu!

    Mais voilà, une « rentrée », un « retour », cela ne relève pas nécessairement du registre de la répétition. Le préfixe « re- » signale aussi, nous apprennent dictionnaires et linguistes, une intensification. Moins une répétition du même qu’un engagement plus intense! Envisagée ainsi la « rentrée » devient l’occasion de découvertes, d’attention à de l’inouï là même où nous ne savions plus ou ne désirions plus entrevoir quelque chose d’autre en avril dernier.

    La présence des « nouveaux » étudiants et étudiantes, de nouveaux professeurs ou d’autres employés devient alors une incitation à regarder avec fraîcheur les anciens murs…

    Une rentrée, devient alors une période d’essais, d’inédits, de cassures peut-être, de réactions inattendues… certainement d’une expérimentation sur la base d’autres hypothèses tant au niveau de ce qu’on apprend que de la manière d’apprendre, certes, mais aussi quant aux façons de nous situer les uns en interaction avec les autres…

    Que vous arriviez pour une première fois ou que vous reveniez poursuivre vos études, je vous souhaite de plonger à fond, joyeusement, dans les méandres des questionnements philosophiques et théologiques. Je vous invite à vous laisser étonner de ce dont vous êtes capables et de ce vous ne pensiez pas les autres capables! Osez dépasser la répétition! Pétitionnez pour du nouveau! Ne craignez pas : il y en aura assez pour tous et il en restera!

  • Pâques

    dimanche 05 avril 2015
    Maxime Allard O.P.

    Avec le printemps qui tarde, les lapins rechignent à sortir de leurs terriers! Pourtant, ils se multiplient et surgissent sous diverses formes chocolatées! Pâques doit approcher!

    Pâques, aboutissement d’un « triduum », de trois jours liturgiquement très intenses, est « la » fête chrétienne par excellence.  Pâques, fête chrétienne, certes, s’inscrit dans le sillage de la « Pâque » juive et de sa liturgie. Pâques, fête chrétienne ou juive… fêtes de la vie, fêtes de la vie plus forte que la mort, plus forte que les douleurs de l’oppression et de l’esclavage. Ceci nous entraîne loin des échanges gentils de chocolats décorées de couleurs pastel et des jolies fleurs printanières!

    En ce sens, la « semaine sainte » est une longue méditation sur le corps, sur les corps qui souffrent et qu’on fait souffrir. C’est une plongée existentielle et symbolique – sans faux-fuyants ou faux-semblants – aux limites du tolérable d’hier et d’aujourd’hui : l’innocent qu’on transforme en objet de transactions utilitaires politiques et religieuses et qu’on crucifie, qu’on jette hors de l’espace social, un déchet qu’on cache! C’est une exploration guidée dans les recoins des consciences et des cœurs, des institutions politiques et religieuses, pour redécouvrir la fragilité du désir de l’humain et les tentations à l’inhumanité malgré tous les dénis de bon ton! René Girard, après et avec d’autres, a su remettre cela en lumière dans la littérature de Shakespeare à Dostoïevski. Il l’avait vu à l’œuvre dans les récits de la passion de Jésus de Nazareth!

    Fra Angelico, dans sa représentation de la rencontre du Ressuscité avec Marie Madeleine peint les fleurs du même rouge dont il s’était servi pour le sang du crucifié! Contre toutes les affirmations romantiques et rose bonbon de la « vie », Pâques est une affirmation de la vie qui conserve les marques de la torture et de la mort. Si des « alléluias » jaillissent dans la nuit pascale, ils ne devraient pas être le fait d’inconscients ou de grenouilles de bénitiers perdues dans leurs dévotions mais le cri, l’espérance de personnes lucides!

    Alors que les violences lacèrent des corps, des cœurs et des groupes en Syrie et ailleurs… Pâques invite donc à l’espérance! Alors que de nouveaux foyers de guerres s’enflamment… Pâques incite à demeurer vigilant car la mort, vaincue par le Christ Jésus comme le proclame les hymnes de la fête, continue ses ravages parmi ceux et celles que les mêmes liturgies désignent comme créés à l’image et à la ressemblance de Dieu.

    Alors que des injustices, au plus près de chez nous, durent malgré des efforts bien intentionnés… Pâques appelle à s’engager pour la justice et la paix, pour que la vie puisse ressurgir là où la mort aura régné!