Fugues, fuites...refuges | Collège universitaire dominicain

Vie sur le campus

Fugues, fuites...refuges

vendredi, 16 Octobre 2015

By Maxime Allard o.p.

Fugues, fuites...refuges

Au cours de nos vies, grâce à diverses stratégies, nous parvenons à fuir, mieux, nous nous faisons croire que nous avons fui certains souvenirs pénibles. Certains jours nous fuyons des personnes, des lieux, des activités. Mais en gros, ces fugues et ces fuites, sont passagères, intermittentes; elles ont peu d’impact sur nos vies et nos rapports aux autres. Un peu de psychothérapie, quelques manigances sociales et le tour est joué!

Cependant,  ailleurs dans le monde, des personnes n’ont pas le luxe de ces petites stratégies. Les conditions sociales et politiques dans leurs pays les empêchent de vivre. Elles mourraient d’y demeurer. Elles les fuient. Elles prennent les chemins qui se présentent à elles. Pas ou très peu de temps pour des stratégies, sinon celles pour survivre dans des conditions mortifères. Elles fuient vers ce qui leur semble des havres de paix, vers là où des opportunités se présentent.

Elles fuient. Elles espèrent trouver refuge à quelque part. Elles cherchent un lieu pour vivre, pour revivre, pour ne pas avoir à revivre indéfiniment enfermées dans leurs traumatismes… pour ne pas mourir.

Mais encore faut-il qu’elles trouvent de ces lieux, de ces asiles! 

Aujourd’hui, on parle de milliers de migrants cherchant refuge! L’occident a aisément (sic) contribué à confectionner des « camps de réfugiés » au loin, ailleurs. Aujourd’hui, les personnes qui quêtent asile le font tout proche. Elles sautent les clôtures et se retrouvent auprès de nous. Ce « nous », diraient d’aucuns, n’est pas encore nord-américain, il demeure européen! S’il le devenait, quels discours entendrions-nous? Quels gestes - impensables, peut-être, lorsqu’un océan nous sépare des gens qui fuient la violence – verrions-nous surgir?

Quelles réactions vives en paroles et en actes auraient lieu ici, chez nous, à nos ports? De grands gestes de solidarité s’organiseraient, certainement. Cela est réjouissant et bienvenu. Et déjà des initiatives personnelles, sociales et politiques ont lieu. Suffiraient-elles? Probablement pas! Un engagement citoyen, politique, de longue haleine, pour de la justice est nécessaire… sans que ce qui serait juste soit clair encore. Cet engagement irait-il de soi? Non pas. Y aurait-il des résistances, des réticences? Certainement. On peut le déplorer ou pas. Peu importe. Il y aurait à faire par-delà peurs et enthousiasmes superficiels ou viscéraux!

Imaginez une catastrophe écologique liée à un défaut d’un oléoduc dans la région de Montréal ou de Toronto et que les gens de ces villes se réfugient à Ottawa! Imaginez que la population d’Edmonton doive se réfugier à Calgary ou à Regina, sans préavis! Comment réagirions-nous? Cette population chercherait refuge, demanderait d’être accueillie… Quelle différence avec d’autres groupes, avec des « étrangers »? Un bri mécanique, une défaillance technique est une chose grave. Mais la planification de morts pour des raisons politiciennes, religieuses ou autres est autrement grave! Il n’est plus temps d’imaginer, la réalité nous rattrape déjà! Il ne faudrait pas la fuir.